Tom Evans et Ruth Croft ont remporté l’UTMB 2025. Leur présence annoncée à la Diagonale des Fous 2026 pose une question passionnante : leur maîtrise du très long suffira-t-elle face aux spécialistes des sentiers réunionnais ? Jean-Philippe Tschumi, Beñat Marmissolle, Manon Bohard et Marianne Hogan donnent à cette édition bien plus de relief qu’une simple affiche à deux noms.
Point sur le plateau au 14 septembre 2026. Les engagements peuvent évoluer jusqu’au départ ; notre lecture des favoris est une analyse sportive, pas une liste définitive des partants.
Le rendez-vous : une traversée, pas un copier-coller de l’UTMB
Le départ est annoncé le jeudi 15 octobre 2026 à 22 h, heure de La Réunion, à Ravine Blanche, à Saint-Pierre. L’arrivée se situe à Saint-Denis. Les caractéristiques actuellement affichées sont 180 km, 10 200 m de dénivelé positif et 66 heures maximum. Le parcours reste susceptible d’être modifié : ces chiffres constituent un cadre de lecture, pas une promesse de tracé définitif.
La différence avec un autre ultra ne se résume pas au nombre de mètres à gravir. Sur un terrain irrégulier, un coureur doit sans cesse ajuster sa foulée, choisir ses appuis et relancer. Notre grille d’analyse est donc la suivante : regarder la capacité à rester efficace lorsque la course cesse d’être fluide, plutôt que comparer seulement des chronos réalisés ailleurs.
Autre particularité décisive : les bâtons sont interdits. Cela ne permet pas de désigner un vainqueur, mais empêche de transposer à l’identique une stratégie de progression utilisée sur une épreuve qui les autorise.
Tom Evans : un palmarès majeur, une adaptation à réussir
Vainqueur de la Western States en 2023 puis de l’UTMB en 2025, Tom Evans possède les références pour viser la victoire. À Chamonix, son succès en 19 h 18 min 58 s a montré qu’il pouvait conclure une confrontation de très haut niveau sur une longue distance montagneuse. Ce résultat explique son statut ; il ne donne pas un temps prévisionnel pour La Réunion.
Son année 2026 invite toutefois à éviter les certitudes : un abandon à la Hardrock et un forfait à l’UTMB ne constituent pas une victoire d’avance parce qu’ils auraient laissé de la fraîcheur. Moins de kilomètres en compétition ne signifie pas automatiquement une meilleure forme. Sans données précises sur sa préparation actuelle, le plus honnête est de conserver cette inconnue.
Notre lecture : son enjeu sera de trouver le bon compromis entre sa capacité à imposer du rythme et le coût des passages techniques. Une accélération impressionnante tôt dans la course compte moins que la possibilité de répéter un effort propre plusieurs heures plus tard. S’il reste au contact sans se désunir dans les portions difficiles, sa candidature prendra une autre dimension.
Tschumi et Marmissolle : l’expérience qui oblige à nuancer les pronostics
Jean-Philippe Tschumi connaît déjà les marches du podium réunionnais : deuxième en 2022 et en 2024, troisième en 2023. Cette régularité mérite davantage qu’une place en bas de la liste des favoris. Elle constitue un argument concret lorsque l’on cherche un coureur capable de convertir ses qualités physiques en résultat sur cette course.
Beñat Marmissolle dispose d’un autre repère fort : sa victoire en 2022. Il sait ce que représente une Diagonale menée jusqu’au bout aux avant-postes. Son niveau réel au moment du départ restera néanmoins plus important que son statut d’ancien vainqueur ; aucun palmarès ne renseigne, à lui seul, sur l’état de forme du mois d’octobre.
Le scénario à surveiller : un favori international mène les premières heures, tandis qu’un habitué garde un écart raisonnable. Il serait prématuré de lire cette situation comme une domination définitive. Pour nous, la question intéressante sera de savoir si l’écart continue à se creuser lorsque les mêmes difficultés se répètent, ou s’il commence à se stabiliser.
Le plateau annoncé comprend également Hugo Deck, Josh Wade et Thibaut Garrivier. Wade a terminé troisième de l’UTMB 2025 : réduire l’épreuve à un face-à-face Evans–Tschumi ferait donc oublier des concurrents ayant déjà montré leur valeur sur le très long.
Ruth Croft : savoir attendre avant de faire la différence
La victoire de Ruth Croft à l’UTMB 2025, en 22 h 56 min 23 s, offre un éclairage utile sur sa manière de construire une course. Elle n’avait pas besoin d’être en tête dès les premières heures pour gagner : elle avait progressivement repris du terrain avant de prendre les commandes dans la seconde partie de l’épreuve.
Son succès sur le Tarawera 102 km en 2025 complète ce portrait. Il rappelle qu’elle possède aussi des références gagnantes sur un format plus court que les grands ultras de montagne. Pour la Diagonale, cette palette est intéressante ; la question reste de la faire fonctionner sur un terrain nouveau pour elle en compétition.
Notre lecture : il faudra se méfier d’un classement provisoire qui la placerait derrière après quelques postes. Un retard limité n’aurait pas nécessairement la même signification qu’une dégradation continue des écarts. Cela ne prédit pas qu’elle reproduira sa remontée de Chamonix : c’est simplement une raison solide de ne pas juger sa course trop tôt.
Bohard et Hogan : deux raisons de garder la course féminine ouverte
Manon Bohard a déjà gagné la Diagonale, en 2024, en 31 h 49 min 55 s. Cette victoire est un point de comparaison plus directement lié à l’épreuve qu’un classement obtenu sur un autre massif. Elle possède donc un argument que le seul prestige de l’UTMB ne doit pas effacer.
Marianne Hogan figure également parmi les principales prétendantes annoncées. Son retour après une participation 2025 interrompue ajoute un enjeu sportif, sans permettre de présumer de la suite. Avoir découvert une partie du terrain peut servir de repère ; cela ne garantit ni une course sans incident ni une revanche réussie.
Nous ne donnerions donc pas à Croft le statut de gagnante attendue sans discussion. Sa référence internationale, la victoire locale de Bohard et la candidature de Hogan composent trois arguments différents. Le plus intéressant sera d’observer lequel reste pertinent dans le dernier tiers de course, lorsque le classement commence réellement à se décider.
Trois indicateurs pour suivre les favoris intelligemment
- L’évolution des écarts, plutôt qu’un classement isolé. Un passage en troisième position ne raconte pas la même histoire si le retard diminue depuis plusieurs postes ou s’il augmente à chaque pointage.
- La progression en fin de course. Un concurrent qui reste capable de reprendre du temps après de longues heures d’effort pèse davantage dans notre analyse qu’un départ spectaculaire sans prolongement.
- La continuité des informations. Un pointage absent ou tardif ne suffit pas à annoncer un abandon. Il faut attendre une confirmation et comparer des passages effectués au même endroit, pas des positions actualisées à des moments différents.
Ces repères ne remplacent pas les images ni les informations du terrain. Ils aident surtout à éviter les conclusions rapides : un suivi en direct reste une succession d’indices, pas une vision complète de la course de chaque athlète.
Notre pronostic : des favoris, mais aucune victoire acquise
Evans et Croft sont deux candidats évidents à la victoire au regard de leur palmarès. Nous accorderions cependant un poids particulier à l’expérience réunionnaise de Tschumi, Marmissolle et Bohard. Le duel central de cette édition oppose moins des nationalités que deux types de références : les succès internationaux et la réussite déjà démontrée sur la Diagonale.
La réserve vaut dans les deux sens. Connaître le terrain ne dispense pas d’être en forme ; gagner ailleurs n’empêche pas de réussir dès une première participation. Voilà pourquoi cette affiche mérite d’être suivie sans transformer une hiérarchie sur le papier en résultat annoncé.
Prolonger la lecture dans notre dossier Diagonale des Fous
Pour comprendre les contraintes évoquées ici, retrouve notre lecture du parcours 2025, conservée comme archive : les sections ne doivent pas être transposées sans vérification au tracé 2026. Nos articles sur la place de la marche en trail et la préparation aux longues descentes complètent cette analyse.
Côté matériel, commence par les besoins de course plutôt que par le nom d’un athlète : notre guide pour choisir un éclairage utile en trail aide à comprendre ce qui compte réellement. Nous ne présumons pas de l’équipement que les favoris utiliseront en octobre.
Retrouver tous les articles du dossier spécial Diagonale des Fous.
