Marcher en montée en trail : la stratégie qui te fait gagner de l’énergie

En bref. Marcher dans une montée n’est pas un aveu de faiblesse : en trail, c’est souvent la façon la plus intelligente de continuer à avancer sans transformer les…

Marcher dans une montée n’est pas un aveu de faiblesse : en trail, c’est souvent la façon la plus intelligente de continuer à avancer sans transformer les quadriceps en pierre dès le premier col. Quand la pente se redresse, que le terrain se dégrade ou que la course s’allonge, une marche active peut préserver ton souffle, ta technique et ta capacité à relancer. Encore faut-il basculer au bon moment, avec une gestuelle efficace, au lieu d’attendre d’être déjà dans le rouge.

Pourquoi courir toutes les montées peut te coûter cher

Plus la pente augmente, plus la vitesse diminue et plus la différence entre courir et marcher devient ténue. Tu peux conserver une gestuelle de course, avec une phase aérienne, tout en avançant à peine plus vite qu’en marchant. Le coût cardiorespiratoire, lui, peut continuer à grimper. Sur un trail long, cette dépense prématurée se paie souvent après le sommet : relance poussive, alimentation plus difficile, lucidité réduite et descente moins propre.

Les travaux sur la transition marche-course en forte pente montrent qu’il n’existe pas un seuil magique valable pour tous. La pente compte, mais aussi ta vitesse, ton niveau, la durée de l’effort, le terrain et ta fatigue. Une étude menée chez des coureurs de montagne entraînés a notamment observé que la transition spontanée entre marche et course ne correspondait pas toujours exactement au meilleur coût énergétique ou à la fréquence cardiaque la plus basse. La bonne décision reste donc individuelle et contextuelle.

Les 5 signaux qui indiquent qu’il est temps de marcher

  • Ta vitesse ne justifie plus la course : tu trottines à petits pas, mais un marcheur actif reste à ta hauteur.
  • Ta respiration s’emballe : tu ne peux plus prononcer une courte phrase alors que la montée doit durer plusieurs minutes.
  • Ta posture se dégrade : tu t’écrases sur les hanches, tires exagérément sur les mollets ou poses les pieds loin devant toi.
  • Le terrain impose de la précision : marches rocheuses, racines, pierrier ou virages serrés cassent ton rythme et rendent la course peu rentable.
  • La suite du parcours exige de la réserve : une longue descente technique, un second col ou plusieurs heures d’effort t’attendent encore.

Le meilleur moment pour marcher est souvent quelques secondes avant d’en ressentir l’obligation. Une transition choisie garde le rythme fluide ; une transition subie ressemble davantage à un arrêt. Sur une course estivale, ajoute la chaleur à l’équation : si la fréquence cardiaque dérive et que ton effort perçu monte à allure identique, marcher tôt peut aussi t’aider à mieux boire, manger et te refroidir.

Comment adopter une marche active vraiment efficace

Raccourcis légèrement ta foulée et augmente sa fréquence. Cherche des appuis stables sous ton centre de gravité, sans bondir d’une marche à l’autre. Incline le corps depuis les chevilles plutôt que de casser le buste à la taille. Le regard doit rester quelques mètres devant pour choisir une ligne régulière et éviter les changements de trajectoire coûteux.

Sur une pente régulière, tes bras peuvent accompagner le mouvement de façon tonique. Sur une rampe très raide, poser brièvement les mains au-dessus des genoux peut soulager localement les jambes, à condition de ne pas t’effondrer sur le haut du corps. Si tu utilises des bâtons, pousse vers l’arrière et garde les gestes courts. Ils ne sont utiles que si tu as travaillé ta technique avant la course.

Une étude de terrain réalisée sur une montée de 1,3 km et 433 m de dénivelé positif a trouvé un petit avantage de performance avec bâtons lors d’un effort maximal chez 15 spécialistes, mais pas de différence physiologique ou biomécanique lors de l’effort sous-maximal étudié. Cela invite à la nuance : les bâtons peuvent être un outil, pas une garantie automatique d’économie. Les auteurs soulignent aussi l’importance de l’expérience technique. Tu peux approfondir le sujet avec notre article sur les bâtons de trail en longue montée.

Marcher ou courir : utilise un test simple, pas un pourcentage rigide

Plutôt que d’appliquer une pente fixe trouvée sur Internet, compare les deux allures sur ton terrain. Pendant une montée régulière, cours 30 à 45 secondes à une intensité maîtrisée, puis marche activement pendant la même durée. Observe trois choses : ta vitesse réelle, ton souffle et la facilité avec laquelle tu peux relancer. Si la marche te fait perdre très peu de terrain tout en faisant nettement baisser l’effort, elle est probablement plus rentable à cet instant.

En course, définis surtout un plafond d’intensité. Sur un format long, tu dois généralement atteindre le sommet avec la sensation de pouvoir courir dès que la pente se calme. Si tu as besoin de plusieurs dizaines de secondes pour retrouver une foulée correcte, la montée a sans doute été trop agressive. Cette logique complète bien un plan de course construit pour un trail alpin, où chaque montée doit être pensée en fonction de ce qui vient après.

La séance pour entraîner ta marche en montée

Choisis une côte de 8 à 12 minutes, assez raide pour rendre la marche crédible, mais suffisamment régulière pour comparer tes sensations. Après 15 à 20 minutes d’échauffement facile, réalise trois répétitions :

  1. une montée en course facile, sans dépasser une intensité que tu pourrais tenir longtemps ;
  2. une montée en marche active, avec cadence soutenue et posture propre ;
  3. une montée mixte : marche dans les passages raides, course dès que le terrain redevient rentable.

Redescends tranquillement entre les répétitions. Compare les temps, mais aussi l’effort perçu au sommet et la qualité de ta relance. Le but n’est pas de prouver que la marche est toujours plus rapide : il est d’identifier ta zone de bascule. Une séance toutes les une à deux semaines pendant ta préparation suffit généralement pour automatiser le geste sans ajouter une grosse charge. Si tu dois encore développer ta puissance aérobie en montée, associe ce travail à une séance de côtes longues adaptée au trail.

Les erreurs qui annulent le bénéfice de la marche

  • Attendre l’épuisement : tu perds alors du temps à récupérer au lieu de maintenir une progression constante.
  • Faire des pas trop longs : cela augmente les tensions et te pousse à freiner à chaque appui.
  • Partir au sprint dès le sommet : relance progressivement pendant 20 à 30 secondes pour stabiliser ton souffle.
  • Improviser avec des bâtons : une mauvaise coordination encombre plus qu’elle n’aide.
  • Ne jamais marcher à l’entraînement : les muscles, la posture et la cadence spécifiques doivent être pratiqués.

La bonne stratégie pour ton prochain trail d’été

Lors de ta prochaine sortie avec dénivelé, choisis une montée et décide à l’avance de marcher dès que ton allure se dégrade ou que ton souffle dépasse la zone prévue. Reste actif, mange ou bois si le terrain le permet, puis relance souplement au changement de pente. Cette décision simple te donnera un repère beaucoup plus utile qu’un seuil universel.

En trail, la question n’est pas de savoir si tu as marché, mais si tu as avancé de la manière la plus efficace pour l’ensemble du parcours. Bien maîtrisée, la marche en montée devient une vraie compétence de course : elle protège ton effort, sécurise tes appuis et te laisse des jambes pour courir là où cela rapporte vraiment.

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