En bref. Sur un ultra de haute montagne, le classement ne se décide pas toujours là où la course semble s’emballer. L’édition 2026 du Gran Trail Aneto-Posets l’a…
Sur un ultra de haute montagne, le classement ne se décide pas toujours là où la course semble s’emballer. L’édition 2026 du Gran Trail Aneto-Posets l’a encore montré : Jonatan Tejada Ocejo et Raquel Casares López se sont imposés au terme d’une épreuve où la patience, la régularité et la capacité à garder des ressources pour le second massif ont compté autant que la vitesse pure.
Disputée du 16 au 19 juillet dans la vallée de Benasque, en Aragon, la treizième édition réunissait plusieurs formats. La course reine formait une immense boucle en huit autour de l’Aneto et du Posets : 105,7 km et 6 760 m de dénivelé positif, avec 40,7 km au-dessus de 2 000 mètres selon les données de l’organisation. Un terrain assez exigeant pour rendre les moyennes horaires trompeuses et transformer toute erreur de début de course en dette difficile à rembourser.
Les résultats du Gran Trail Aneto-Posets 2026
Chez les hommes, Jonatan Tejada Ocejo a remporté le Gran Trail Aneto-Posets 2026 en 16 h 55 min 49 s. Javier Lanzuela Sánchez a pris la deuxième place en 17 h 11 min 03 s, devant Carlos Colio Gutiérrez, troisième en 18 h 03 min 11 s.
Chez les femmes, Raquel Casares López s’est imposée en 21 h 03 min 18 s. Elle a devancé Marija Brecko, deuxième en 23 h 36 min 49 s, et Nancy Belinchón, troisième en 24 h 55 min 15 s. Les classements détaillés restent consultables depuis la page des temps officiels du GTTAP.
- Podium hommes : Jonatan Tejada Ocejo, Javier Lanzuela Sánchez, Carlos Colio Gutiérrez.
- Podium femmes : Raquel Casares López, Marija Brecko, Nancy Belinchón.
- Parcours : 105,7 km et 6 760 m D+ autour des deux plus hauts massifs des Pyrénées.
- Particularité : un tracé en deux grandes parties, reliées par un retour à Benasque avant la boucle du Posets.
Pourquoi ce parcours punit les départs trop ambitieux
Les chiffres donnent une première idée de la difficulté, mais ils ne disent pas tout. La présentation officielle du parcours du Gran Trail Aneto-Posets annonce 10,1 km d’asphalte, 20,8 km de piste, 57,9 km de sentier et 16,2 km hors sentier. Les coureurs traversent des névés, des chaos de blocs, des cols élevés et de longues sections où il est impossible de maintenir une foulée régulière.
Le tracé commence par le tour de l’Aneto, passe notamment par le col de Salenques et le secteur de Ballibierna, puis revient à Benasque. Mais ce retour au village n’est pas une arrivée anticipée : il faut encore repartir vers Cerler et Eriste pour contourner le Posets, franchir le col de la Forqueta et revenir par les refuges de Biadós et d’Estós.
Cette architecture change complètement la façon de gérer l’effort. Un coureur peut se sentir solide après la première boucle tout en ayant déjà consommé une part excessive de ses réserves musculaires, énergétiques et mentales. La seconde moitié ne pardonne alors ni les quadriceps entamés, ni l’estomac saturé, ni une allure choisie pour suivre les autres plutôt que pour rester durable.
La première leçon : courir la course qui reste, pas celle déjà parcourue
Les récits de l’édition mettent en avant deux victoires construites progressivement. Jonatan Tejada et Raquel Casares n’ont pas eu besoin de contrôler chaque portion depuis l’avant. Leur réussite rappelle une règle simple : sur un ultra long et technique, ta position provisoire importe moins que l’état dans lequel tu atteins la partie décisive.
Pour appliquer cette idée à ton prochain trail, ne te demande pas seulement si l’allure est confortable maintenant. Pose-toi une question plus utile : est-ce que cette intensité me laissera encore courir proprement après la prochaine grande difficulté ? Sur un parcours découpé en deux massifs, la réponse doit intégrer plusieurs heures d’effort, une nouvelle montée, la nuit éventuelle et l’accumulation des descentes.
Un plan de course solide fixe donc des limites avant le départ : marcher tôt dans les pentes raides, refuser les accélérations dictées par le groupe, contrôler sa respiration et conserver une marge aux ravitaillements. Si tu prépares ton premier très long format, retrouve aussi les erreurs fréquentes sur un ultra de 100 km pour bâtir une stratégie réaliste.
La deuxième leçon : le dénivelé ne suffit pas à mesurer la difficulté
Deux courses affichant 100 km et un dénivelé proche peuvent demander des efforts très différents. Sur l’Aneto-Posets, la haute altitude, les blocs, les portions hors sentier et les descentes irrégulières réduisent la vitesse sans forcément diminuer le coût physique. Se focaliser sur une allure moyenne au kilomètre devient alors une mauvaise boussole.
Il vaut mieux raisonner en intensité, en temps de passage et en qualité de déplacement. Dans les secteurs techniques, ralentir ne signifie pas subir : cela peut être la décision la plus efficace pour préserver les chevilles, éviter une chute et garder assez de lucidité pour la suite. À l’entraînement, tu peux préparer cette exigence avec des sorties où tu alternes course, marche active, terrain roulant et descentes techniques, plutôt qu’en cherchant uniquement à accumuler du dénivelé.
Le travail de descente mérite une attention particulière. Les dommages musculaires s’additionnent bien avant que la sensation de jambes lourdes devienne évidente. Une préparation progressive, fondée sur la technique et le renforcement, aide davantage qu’une séance brutale placée trop près de l’objectif. Ce renforcement spécifique pour mieux résister en descente fournit une base utile pour consolider cette qualité.
La troisième leçon : préserver son alimentation pour le second acte
Sur une course de près de 17 heures pour le vainqueur et de plus de 21 heures pour la gagnante, l’alimentation n’est pas un détail logistique. Elle fait partie de la performance. Le piège consiste à attendre le manque d’énergie pour réagir, ou au contraire à trop manger tôt parce que le premier ravitaillement paraît rassurant.
Une stratégie robuste repose sur des prises régulières, testées à l’entraînement, et sur plusieurs textures disponibles. Le sucré peut devenir écœurant, le solide difficile à mâcher et la boisson énergétique moins tolérable après plusieurs heures. Prévoir une alternative ne veut pas dire multiplier les produits au hasard : il s’agit de savoir à l’avance ce que ton estomac accepte en courant, en marchant et de nuit.
Le retour à Benasque entre les deux grandes boucles pouvait donner envie de relâcher l’attention. C’est précisément à ce type de point charnière qu’un protocole simple devient précieux : remplir les flasques, vérifier les apports disponibles, manger sans excès, ajuster les vêtements et repartir avant que la pause ne casse la dynamique. Pour structurer cette partie, consulte le plan nutrition type pour un trail de 10, 20 ou 30 heures, puis adapte-le à ta tolérance personnelle.
Ce que tu peux tester dès ta prochaine sortie longue
- Découpe ton parcours en deux actes. Garde volontairement une marge sur la première moitié, puis évalue ta capacité à accélérer sans dégrader ta technique.
- Note ton état aux points charnières. Respiration, jambes, lucidité, faim, soif et envie de manger donnent plus d’informations qu’une allure isolée.
- Simule un ravitaillement complet. Remplis, mange, ajuste ton équipement et repars selon un ordre défini pour éviter les oublis.
- Termine sur un terrain exigeant. Sans te mettre en danger, place quelques descentes ou montées techniques en fin de séance afin d’apprendre à rester précis avec de la fatigue.
- Analyse les écarts. Compare ce que tu avais prévu à ce que tu as réellement bu, mangé et couru. La stratégie progresse par corrections concrètes, pas par intuition seule.
Un résultat à lire comme une leçon de régularité
Les victoires de Jonatan Tejada et Raquel Casares racontent davantage qu’un podium. Sur un parcours qui enchaîne deux massifs, deux nuits possibles et des dizaines de kilomètres de terrain alpin, la meilleure course n’est pas forcément celle qui paraît la plus brillante au début. C’est celle qui reste cohérente lorsque le terrain, l’altitude et la fatigue commencent à additionner leurs effets.
Tu n’as pas besoin de viser 105 km pour retenir cette leçon. Dès qu’un trail comporte plusieurs grandes difficultés, construis ton effort autour de ce qui reste à accomplir. Garde de quoi marcher efficacement, descendre proprement, t’alimenter et décider lucidement. La patience n’est pas une absence d’ambition : en ultra-trail, elle est souvent la forme la plus durable de vitesse.
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